Christian Delorme, prêtre engagé contre les discriminations

Il y a un peu plus de 40 ans, la marche pour l'égalité et contre le racisme s'élançait du quartier de la Cayolle à Marseille. Le Père Christian Delorme, alors connu comme "le curé des Minguettes" comptait parmi les personnes à l'initiative de cette mobilisation sans précédent. Dans cet entretien vidéo exclusif réalisé en 2017, il évoque le contexte, les enjeux et l'actualité de la marche et il donne sa vision de la politique de la ville.

Partager

Programme Grand Témoins : mettre en lumière des figures emblématiques de la politique de la ville 

Depuis 40 ans, la politique de la ville est une politique publique d'essence territoriale et partenariale, portée par des femmes et des hommes qui agissent à différents niveaux pour répondre aux aspirations des habitants des quartiers populaires. Elle est aussi incarnée par des figures emblématiques qui portent la mémoire de cette politique publique ambitieuse. Leur témoignage est essentiel, qu'ils soient responsables politiques, élus locaux, acteurs publics, privés ou associatifs, et habitants. 

C'est pourquoi le Comité d'histoire de la politique de la ville fait le choix de reprendre et compléter une série de témoignages audiovisuels initiée en 2016 par l'ANCT et CANOPE, sous la direction éditoriale de Michel Didier (aujourd'hui président du Comité d'histoire de la politique de la ville), et encore jamais rendu publique. Selon les moyens qui seront accordés au comité, ils seront complétés par d'autres portraits et recueils de témoignages, notamment dans la cadre des démarches d'histoire locale. 

Les vidéos présentées sous format 15 minutes constituent des extraits choisis des entretiens. Elles sont disponibles en version intégrale pour les chercheurs ou personnes intéressées, sur demande auprès du Comité d'histoire.  

 

Qui est Christian Delorme ? 

Notice de Thibault Tellier, historien, membre du conseil scientifique du Comité d'histoire de la politique de la ville.

Christian Delorme, né à Lyon en 1950, a été ordonné prêtre en 1978. Depuis sa jeunesse, il est très engagé dans divers mouvements non-violents et en faveur des populations immigrées. Jeune prêtre à Saint-Fons près de Lyon, il se mobilise en faveur des jeunes Algériens risquant d’être expulsés en Algérie en raison d’actes de délinquance et dont les parents habitent la cité des Minguettes à Vénissieux. L’organisation d’une grève de la faim en avril 1981 contribue à la suspension de ces expulsions. Celui lui vaudra le surnom de « curé des Minguettes » et une première reconnaissance médiatique. 

Les émeutes urbaines qui se produisent durant l’été 1981 dans l’Est lyonnais contribuent à la création de la Commission nationale pour le développement social des quartiers en octobre 1981. Le climat reste toutefois tendu et de nouveaux affrontements ont lieu durant l’été 1983.

Aux Minguettes, le jeune président de l'association SOS Avenir Minguettes, Toumi Djaïdja, est grièvement blessé par un policier. La nouvelle prend une tournure nationale car considérée comme emblématique des difficultés de l’intégration des jeunes issus de l’immigration auxquelles les pouvoirs publics ne semblent pas en mesure de proposer de solutions pérennes. Le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil proposent alors aux jeunes des Minguettes une marche à travers toute la France, inspirée du mouvement américain des droits civiques incarné par Martin Luther King. Le choix d’un mouvement non-violent s’inspire également de Gandhi. Partie de Marseille le 15 octobre 1983, elle arrive à Paris le 3 décembre. Le succès politique de cette Marche pour l’égalité et contre le racisme tient notamment au fait qu’une délégation de marcheurs, parmi lesquels Christian Delorme, est reçue à l’Élysée par le président François Mitterrand. Les suites politiques du mouvement resteront toutefois incertaines.

Quant au Père Delorme, il poursuit ses engagements, en particulier en faveur du dialogue inter-religieux. Sa fine connaissance des quartiers populaires de la métropole lyonnais lui vaut d’être un interlocuteur reconnu des pouvoirs publics. À ce titre, il sera successivement nommé au Conseil National des Villes et au Haut Conseil à l’intégration. Ce qui fait de lui un grand témoin de la politique de la ville et de son évolution depuis le début des années 1980. A ce titre, son témoignage livre une série d’analyses concernant le cas lyonnais mais plus largement, il remet en perspective la manière dont la politique de la ville a pu interagir avec les évolutions de la situation des jeunes des quartiers populaires.

 

Découvrez le témoignage du Père Christian Delorme en exclusivité

https://youtu.be/g3a2wr54Xls

Articles associés

Poursuivez la lecture avec des contenus proches de cette thématique.

Voir toutes les actualités
Article lié

Frise chronologique : 50 ans d'histoire de la politique de la ville

Ressource inédite, cette frise chronologique propose une lecture de 50 ans d'histoire de la politique de la ville et ses croisements avec l'histoire de l'architecture.

Lire cet article
Article lié

Jeunes des quartiers populaires, politiques publiques de droit commun et politique de la ville

Ce webinaire proposera une lecture diachronique des politiques publiques influentes dans la vie des jeunes afin d’identifier leurs évolutions entre les années 1990 et 2015. Nous avons invité des spécialistes de chacune de ces politiques publiques et leur avons demandé de prendre ce temps de recul historique.

Lire cet article
Article lié

François Pupponi | Maire de Sarcelles (1997-2017) | Une ville modèle à l'épreuve

Dans cet entretien vidéo exclusif, François Pupponi développe son analyse de l’histoire de Sarcelles et de la politique de la ville à partir de son expérience d’élu local et national. Il revient d’abord sur la naissance de Sarcelles à la fin des années 1950, lorsque la Caisse des dépôts confie à Jacques Henri-Labourdette la réalisation d’un grand ensemble pensé comme une « ville modèle ». Il tend ensuite à expliquer les logiques ayant précédé au basculement progressif d’un modèle de mixité vers ce qu’il décrit comme une forme de « ghettoïsation ». Revenant sur la situation de Sarcelles en 1995, il expose alors les objectifs poursuivis lorsqu'il en fut maire : rétablir les comptes, rénover les écoles et tenter de maîtriser les attributions de logements.

Lire cet article